Sommaire des Bulletins de L’AmiRéSoL

Sommaire du Bulletin 2000


 Dossier : Le coussin et la mentonnière -Témoignage d’un diplômé de Médecine des Arts -Point de vue d’un luthier
Compte-rendu des journées sur l’enseignement cordes La Villette (6-7 nov. 1999)
Vous avez dit : formation diplômante au CA ? Les classes de pédagogie des CNSM de Lyon et Paris
Commentaire de texte : Etude de Dont n°14
Répertoire des Associations Départementales Musique et Danse

 

 

Sommaire du Bulletin 2001


 Dossier CEFEDEM :  » 9 variations sur un même thème  »
Pour en finir avec le CNFPT…
La place du pouce de la main gauche : étude et exercices
 » Avez-vous les bons numéros ?  » … VIOTTI et ses concertos
Comment accommoder l’étude n°2 de KREUTZER
Parution d’une analyse des Sonates et Partitas de BACH

 

Sommaire du Bulletin 2002


 Pointe-Talon – Archet du violoniste ou pied du danseur ?
Jouer et aimer la musique du XXème siècle
La ceinture scapulaire
Pierre RODE un destin sans caprices
Dictionnaire des idées reçues
Faire un 3ème cycle en Europe

 

Sommaire du Bulletin 2003


 L’univers des duos de Berio
Musique et peinture : sons et couleurs
Une autre approche pédagogique : la méthode viennoise
Fritz Kreisler ou l’élégance faite violon

 

 

Sommaire du Bulletin 2004


 Editorial : « Chercher en soi-même » Christophe POIGET
Regards sur le corps et le cerveau dans l’apprentissage instrumental
Rodolphe Kreutzer : des « études » sous la Révolution
Autour (et détours) de l’improvisation
Vous avez dit « simple comme une gamme » ?

 

 

Sommaire du Bulletin 2005-2006

Bulletin 2005-2006

 Compte-rendu de la journée de réflexion pédagogique : « Entre héritage et mutations, quel enseignement du violon pour demain ? ».
-Elève et professeur : confiance et exigence mutuelle (Raphaëlle DES GRAVIERS)
-L’épanouissement de l’enfant et de l’adolescent par les cours collectifs (Clotilde MUNCH)
-La période charnière du 2ème cycle : « ça passe ou ça casse » (Yvette DAMS-MONVILLE)
-Pourquoi y aurait-il un problème avec la musique contemporaine ? (Jacques GHESTEM)
-Les objectifs de la formation diplomante face aux écoles de musique en mouvement (Jean-Charles-FRANÇOIS)
-Le transfert d’une ENMD à l’intercommunalité : la nécessaire constitution d’un réseau d’enseignement musical (Chantal BRUGEL)
-Éduquer ou instruire, l’héritage de la tradition (Laurent GOOSSAERT)
-Réflexion sur la place du violon dans le conservatoire (Martial PARDO,)
-Variations sur le thème… à débattre (Hélène SANGLIER-BOULLOT)

 Ševčík en deux volets : sa vie, son opus 6 (Yvette DAMS-MONVILLE)
Le Violon de l’Autre (Alexandre SAUVAIRE)
Jouer avec son corps (Marie-Christine MATHIEU)
Corelli, « Le Nouvel Orphée de notre Temps » (Amandine SIGRIST)
Projet pédalogique et autres mots valises. (Hélène SANGLIER-BOULLOT)

 

Sommaire du Bulletin 2007

 Compte-rendu du week-end avec Christophe POIGET au CNR de Clermont-Ferrand : « La notion d’Ecoles de violon existe-t-elle encore ? Forces et limites des modèles. Comment se situer aujourd’hui ? » (Hélène Sanglier-Boullot)

 Historique du vibrato pour les instruments à cordes (Sophie MAGNIEN)
Réflexions sur l’évaluation et l’évolution sociale (Alexis GALPERINE)
Petites définitions à portée de main
La main gauche du violoniste (Centre de Rééducation du Musicien)

 

Sommaire du Bulletin 2008

 Compte-rendu du week-end au CNSM de Paris
-Master class avec Guy Comentale
-Rencontre avec Anna Bohigas et le Shiatsu
-La posture du violoniste avec Isabelle Campion

 Des désagréments de l’absolutisme (Amandine SIGRIST)
Pierre-Marie Baillot : entre Lumières et Romantisme (Alexis GALPERINE)
Charles DANCLA Qui êtes-vous ? (Hélène SANGLIER-BOULLOT)
Entretien avec Claude-Henry JOUBERT

 

Sommaire du Bulletin 2009

 L’Art du violon de Carl Flesch (Morgane DUPUY)

 Compte-rendu des rencontres pédagogiques de Metz
-Sur le chemin de la forme et de la sonorité du violon avec le luthier Claude Macabrey
-L’improvisation comme stratégie d’enseignement avec Noémie Robidas (Québec)
-Master-class avec Marie-Annick Nicolas

 A la pointe de l’histoire de l’archet (Nelly POIDEVIN)

 

Sommaire du Bulletin 2010

 Le mot de Veda Reynolds… Il y a 10 ans

 Compte-rendu des rencontres pédagogiques de Poitiers
Posture et mobilité (Catherine Coëffet)
« Vous jouiez ? Et bien, dansez maintenant ! » (Frédéric Martin)
Master-class avec Annick Roussin

 Les Sonates du Rosaire une fresque sonore baroque (Fabien Roussel)

 Interview avec Annick Roussin

 

 

Sommaire du Bulletin 2011

 

L’Abbé Le Fils, un violoniste du Siècle des Lumières (Marcel Saint-Sevin, Hélène Sanglier)
Le traité de l’Abbé Le Fils dans son contexte historique (Alexis Galpérine)
Compte-rendu du colloque des 10 ans de L’AmiRéSoL
Pourquoi ? Faut-il continuer d’enseigner le violon (Claude-Henry Joubert)
Comment ? De la première à la dixième année de violon avec Suzanne Gessner
Et après ? Les formations, les compétences demandées aux violonistes (table ronde)
La parole aux luthiers
L’analyse fonctionnelle pour le mouvement (Evelyne Allmendinger)
Rencontre avec Ivry Gitlis

Un nouveau site…

Vous l’aviez remarqué, le site de l’AmiRéSoL n’évoluait plus que pour annoncer, de ci de là, les week-ends des rencontres que nous organisons. A l’heure du web², notre bon vieux site était devenu difficile à maintenir. Billets de forum jamais reçus, attaques de spammeurs, et surtout une ergonomie qui faisait plus perdre du temps que d’en gagner.

Nous repartons donc modestement avec ce nouveau site, plus efficace, plus rapide, tout aussi collaboratif mais où la maintenance ne prime pas sur le contenu. La migration de l’ancien contenu s’étalera dans le temps, mais nous essaierons de ne rien perdre de ce qui est encore d’actualité. Le design final mettra lui aussi un peu de temps. N’hésitez pas à donner votre avis ou faire des suggestions au bas de cet article.

Et au passage, 10 ans, c’est l’âge de raison… il était temps que nous ayons notre propre domaine, ne croyez-vous pas ?

Le webmestre temporaire…

Jean-Pierre Sabouret

Jean-Pierre SABOURET, pourriez-vous nous retracer brièvement votre parcours ?

J’ai commencé par le piano, très jeune, presque bébé. J’ai décidé assez tard de faire du violon car le piano ne me convenait pas. Je suis entré au CNSM de Paris où j’ai obtenu le 1er prix de violon en 1963 et le 1er prix de musique de chambre en 1964. J’ai pratiqué beaucoup le quatuor à cordes au sein du Quatuor Lowenguth et au sein du Quatuor Via Nova dont je fais toujours partie aujourd’hui. Je suis super soliste à l’Opéra de Paris et professeur au conservatoire du 12ème arrondissement.

Comment le violon est-il entré dans votre vie ?

Il est entré dans ma vie assez tard mais je le connaissais avant. Ma mère était professeur de piano&nbsp ; mes parents aimaient beaucoup la musique et m’ont emmené aux concerts très jeune. J’ai toujours entendu du violon et je ne sais pas pourquoi j’ai été plus séduit par cet instrument que par un autre et pourquoi j’ai décidé de devenir violoniste : je l’ignore encore mais c’est ainsi.

Le violon a été un choix personnel. Ma mère était persuadée que j’étais doué pour le piano, ce qui n’est pas du tout le cas.

Quels sont les temps forts qui ont marqué l’enseignement que vous avez reçu ?

Mon premier professeur, Monsieur Jacques SPAGET, c’était un personnage adorable et je ne l’ai jamais oublié. Mes études au CNSM de Paris et les personnes qui m’ont aidé après mon prix. Ma rencontre avec Zino FRANCESCATTI, avec qui j’ai travaillé, a été pour moi un moment tout à fait privilégié.

Des artistes, des chefs d’orchestre, des gens qui m’ont aidé dans ma vie professionnelle en tant que jeune musicien.

Les personnes qui m’ont fait progresser et réfléchir beaucoup. Monsieur André HASSELIN – il a joué avec Maurice RAVEL – est décédé il y a quelques années à presque 100 ans. J’avais gardé beaucoup de contacts avec lui, il était extraordinaire. Jacques FEVRIER avec qui j’ai travaillé la musique de chambre m’a beaucoup appris.

Enseigner à votre tour, cela allait de soi ?

Pas forcément, car ce n’était pas une activité qui me passionnait au départ. Lorsque j’ai commencé dans le métier, j’ai fait beaucoup d’activités d’instrumentiste : musique de chambre, orchestre, soliste. J’enseignais de façon dilettante parce que ce n’était pas pour gagner ma vie mais parce que j’avais des amis dont les enfants voulaient faire du violon. Je n’étais vraiment pas engagé dans l’enseignement comme je le suis aujourd’hui. Cette vocation est venue plus tard parce que c’était quelque chose qui manquait dans ma vie. Je n’avais pas d’expérience même si j’ai commencé à avoir des élèves dès l’âge de 18 ans. Ils étaient peu nombreux et ce n’était pas une activité régulière. A un moment de ma vie, j’ai éprouvé le besoin d’exercer le métier d’enseignant et je m’y suis lancé avec une grande passion et avec une grande rigueur aussi parce que ça fait partie de ma nature.

Le contexte musical et éducatif a considérablement changé au cours des dernières années. Comment l’avez-vous personnellement ressenti et vécu ?

Je ne parlerais pas de changement mais plutôt d’évolution. Les mentalités ne sont plus les mêmes, les adultes et les enfants ont pris d’autres habitudes. Leur culture est aussi plus large. Aujourd’hui le professeur n’a plus les mêmes rapports avec ses élèves. Autrefois nos professeurs étaient peut-être plus autoritaires et nous plus doux. Je ne sais même pas si on peut comparer les jeunes d’hier aux jeunes d’aujourd’hui.

Je pense que ça fait partie d’une évolution tout à fait normale des mentalités, du monde, de la vie en général et que chacun, enseignant, élève, public doit s’adapter à la société qui change tout simplement.

Des satisfactions, des regrets ?

Ce métier m’a donné énormément de satisfactions et j’espère qu’il m’en donnera encore d’autres car on a la possibilité de vivre de très grands moments. Je ne pense pas avoir jamais vécu de drame ; des petites déceptions, oui. Je crois que de toute façon, tout ce qui a été négatif, avec le temps, on finit par l’oublier, par relativiser. Très certainement que les uns et les autres, dans notre vie, nous essayons de garder le meilleur.

Les perspectives et souhaits d’avenir ?

Continuer à jouer, à enseigner et essayer de faire en sorte que les élèves se sentent de mieux en mieux à travers ce qu’on leur enseigne.

Continuer à être un musicien aussi performant que possible, aussi attaché à la qualité, aussi rigoureux. Je ne crois pas que je changerai un jour. J’espère simplement que la musique continuera à se développer, que les orchestres continueront à exister sans réduction de budget. Malheureusement les pouvoirs publics ne font pas toujours leur travail dans ce domaine. S’il y a quelque chose à faire aujourd’hui pour l’avenir c’est, qu’entre nous, on continue à se battre pour que la musique occupe une place importante dans ce pays et qu’on ne dissolve pas d’orchestre, qu’on ne supprime pas de postes dans les orchestres sous prétexte qu’on veut monter ici et là d’autres choses peut-être plus accrocheuses pour le public mais qui culturellement sonnent tellement faux. On peut être inquiet pour les jeunes qui se lancent dans le métier à notre suite car les lendemains risquent de ne pas être aussi roses que ceux que nous avons connus.

Marie-Claude Theuveny

Marie-Claude Theuveny, pourriez-vous nous retracer brièvement votre parcours ?

Mon parcours est en fait assez simple, car il n’y a pas eu d’hésitation. J’ai débuté le violon à l’âge de 5 ans, puis je suis rentrée au conservatoire de Paris à 13 ans. Après l’obtention du 1er prix en 1947, j’ai été lauréate du concours international de Genève avec un 2ème prix (le 1er n’ayant pas été attribué). C’est là que j’ai rencontré Enesco avec qui j’ai travaillé pendant sept ans, période durant laquelle se succédaient les concerts. Puis, désireuse de mener une vie de famille normale -j’ai deux enfants et deux petits enfants-, j’ai professionnellement un peu ralenti le rythme. Enfin, j’ai été pendant 25 ans l’assistante de Michèle Auclair au CNSM de Paris et aussi professeur au CNR de Saint-Maur.

Comment le violon est-il entré dans votre vie ?

Cela ne venait pas de moi, parce que j’avais 5 ans et qu’à cet âge là on ne choisit pas. Originaire de Grenoble, mes parents étaient musiciens non professionnels, mais très actifs dans leur pratique. Mon père dentiste, trouvant qu’il n’y avait pas assez de musique dans sa ville, a même fondé un orchestre d’amateurs, avec lequel j’ai pu jouer quand j’étais petite, un grand nombre de concertos. Il s’est du reste absolument ruiné pour inviter des chefs… mais c’était sa passion ! Mon père jouait du piano -c’était un très bon lecteur-, et mes frères apprenaient le violoncelle et le piano : faire de la musique, cela allait de soi ! J’ai donc commencé le violon avec ce personnage étonnant qu’était Carmen Forte, qui était un professeur disons…  » irrésistible « , dans tous les sens du terme.

Quels sont les temps forts qui ont marqué l’enseignement que vous avez reçu ?

On peut dire que rentrer au conservatoire de Paris pendant la guerre, c’était un moment fort. Imaginez : passer entre deux bombardements, pas de moyens, pas de chauffage dans les salles de cours. J’ai des souvenirs cuisants de cette époque, qui était par ailleurs fort intéressante (j’avais comme camarades Christian Ferras, Pierre Doukan et Luben Yordanoff ). J’ai donc passé deux ans dans la classe de Benedetti. C’était un homme charmant et un technicien extraordinaire qui montrait beaucoup mais n’expliquait guère :  » fais comme moi  » disait-il,  » regarde, c’est facile « … Avec Enesco c’était magnifique, il chantait tout en s’accompagnant au piano et je ne pouvais plus me passer de son enseignement. La technique l’intéressait peu, tout se transmettait par la voix, le geste, les mimes. Il mettait beaucoup l’accent sur l’aspect musical, se référant aux opéras et au répertoire non spécifique du violon. Je pense en fait, qu’il m’a apporté ce que j’attendais et que je n’avais pas eu jusque là.

Enseigner à votre tour, cela allait de soi ?

Pas du tout. Je me suis trouvée à un moment de ma vie, vers quarante ans, dans une situation où il était nécessaire que je travaille. J’ai donc commencé comme assistante de Michèle Auclair : c’est à son contact que j’ai tout appris du métier de professeur. Elle avait travaillé avec Jules Boucherit -une école très différente de celle de Benedetti, et pourtant nous nous sommes très bien entendues-, puis aux Etats-Unis et en Russie. J’ai découvert ce qu’était la technique, et c’est aussi grâce à Michèle que je me suis inquiétée de choses auxquelles je n’avais jamais prêté attention auparavant : les coudes, les pouces, les épaules, la respiration…

Le contexte musical et éducatif a considérablement changé au cours de ces dernières années. Comment l’avez-vous personnellement ressenti et vécu ?

Je ne trouve pas que les élèves aient beaucoup changés, il y a plutôt des constantes. Par exemple : ils ne jouent pas assez, passent des heures à travailler, et sont incapables d’enchaîner un morceau par cœur ; c’est le compte-gouttes, une note après une note, ils manquent totalement de discours musical. Plus ça va, plus je suis persuadée que tout passe par la sonorité, et qu’il faut jouer, jouer, jouer. Je pense qu’il ne faut pas axer les élèves sur la technique pure, celle-ci devrait être un complément.

Des satisfactions, des regrets ?

J’ai  » raté  » Menuhin , je l’ai croisé chez Enesco d’ailleurs, mais jamais vraiment connu. Je ne sais pas s’il y a encore à notre époque de semblables personnages, à la fois grand violoniste et pédagogue. Ou alors ce sont des météores qui filent d’un endroit à l’autre. Un de mes beaux souvenirs -et quand j’y repense, c’est maintenant que je réalise que c’était une chance exceptionnelle -, c’est le concert que j’ai donné sous la direction d’Enesco au théâtre des Champs-Elysées. J’avais 20 ans et j’ai joué trois concertos : Jean Hubeau, Bach en Mi et Beethoven. Quant à ce qui se passe dans les conservatoires, je regrette que les pianistes accompagnateurs ne soient pas quasiment toujours présents dans les classes, les élèves joueraient davantage et auraient une meilleure compréhension musicale.

Vos perspectives et souhaits d’avenir…

Il faudrait déjà supprimer le mauvais solfège, celui qui ne sert à rien , et qu’il y ait beaucoup plus de contacts de musique de chambre et d’orchestre. Navarra disait -et c’était un grand pédagogue :  » Ah bon, tu as finis le solfège spécialisé ? Bon, alors, tu ne sais rien, vas à l’orchestre et tu apprendras ce dont tu as besoin ! « . Personnellement, je crois beaucoup à la lecture et au déchiffrage : ne pas toujours travailler, mais prendre l’habitude de voir du répertoire, et toutes les occasions sont bonnes, de la sonate à l’orchestre. Il faudrait aussi éveiller l’intérêt musical général, car les élèves n’écoutent pas suffisamment de musique et ne vont pas assez au concert. Et après on leur fait faire de l’analyse alors qu’ils ont beaucoup de lacunes en histoire de la musique ! Moi, je suis complètement atterrée. Alors bien sûr, je vois ça avec mon âge, et c’est vrai que petite, j’allais beaucoup au concert, et que mes parents m’y poussaient… Que font-ils les parents aujourd’hui ?

Maryvonne Le Dizès

Maryvonne Le Dizès, pourriez-vous nous retracer brièvement votre parcours ?

Je suis issue d’une famille de 6 enfants, et notre mère qui avait rêvé d’être pianiste ou violoniste a choisi un instrument pour chacun de ses enfants. Après avoir fait un an de piano j’ai donc débuté le violon à 5 ans avec Yvonne Blot qui était un jeune professeur dynamique dont je garde un très bon souvenir : je pense qu’elle a su me donner non seulement les bases instrumentales, mais aussi le goût de la musique et de la scène. Au passage, je crois que c’est très important d’avoir au début un professeur qui cadre bien, qui enseigne bien. J’ai ensuite continué un peu avec Victor Gentil puis avec Mme Talluel. Malheureusement, la perte brutale de mon père lorsque j’avais 14 ans imposa des restrictions à toute la famille, et ma mère m’annonça que je ne pouvais plus continuer ces leçons privées -à cette époque le seul moyen d’apprendre un instrument puisqu’il n’y avait pas le foisonnement d’écoles de musique que nous connaissons aujourd’hui-, et que je devrais aller au lycée, alors que jusque là j’étudiais au Cours Hattemer avec un programme aménagé. Ce fut un véritable choc et il y eut une forte prise de conscience : je ne pouvais pas vivre sans le violon ; du reste, à partir de ce moment-là il n’a plus été nécessaire de me dire de travailler mon violon, et je décidais de devenir professionnelle.

Après l’obtention à l’unanimité de la licence de concert à l’Ecole Normale de Musique de Paris en 1956, puis du 1er prix dès la première année au CNSM de Paris en 1957 et l’année suivante celui de musique de chambre, j’ai enchaîné sur les concours internationaux : lauréate du concours Marguerite Long-Jacques Thibaud, j’étais en 1962 la première femme à qui l’on décernait le 1er prix du concours Paganini. Je dirais que j’ai reçu deux messages très forts de ma famille : une femme est faite pour se marier, avoir des enfants et s’en occuper, mais elle peut aussi accéder aux joies de la réussite d’une carrière professionnelle. Je me suis donc mariée, et en 6 ans j’ai eu 4 enfants auxquels j’ai décidé de consacrer quelques années -tout en continuant une carrière de musicienne qui soit compatible avec ce choix. Cela ne les a semble-t-il pas dégoûtés de la musique, puisque deux sont aujourd’hui professionnels et les deux autres sont des amateurs passionnés et actifs ! Conciliant pendant une longue période la vie familiale avec les concerts, les tournées des Jeunesses Musicales, l’enseignement et l’activité de violon solo dans différents orchestres de chambre, il m’a bien fallu reconnaître qu’il était temps que je me remette à travailler mon violon. J’ai eu la chance de rencontrer Myriam Solovieff qui m’a permis de retravailler tout le répertoire classique. J’ai donc ainsi pu jouer en concert tous les concertos du répertoire ainsi que l’intégrale des sonates de Beethoven et des sonates et partitas de Bach, les sonates de Prokofiev, Brahms etc. Depuis 1979 j’enseigne au CNR de Boulogne-Billancourt, à l’époque, Alain Louvier en était le directeur, et comme il demandait chaque année un morceau contemporain, je décidais de mieux connaître cette musique afin de pouvoir l’enseigner. Ce fut une révélation, cela me passionnait et me convenait tout à fait. J’ai donc présenté le concours de l’Ensemble Intercontemporain et j’y suis rentrée il y a maintenant 20 ans. En 1983 j’obtenais le grand prix International American Competitions au Carnegie Hall Rockfeller Fundation à New York, puis en 1987 le grand prix de la SACEM. J’exerce aussi une activité de chambriste au sein du trio EIC, du quatuor Cappa et du sextuor Schoenberg.

Comment le violon est-il entré dans votre vie ?

Ce n’est pas moi qui ai choisi le violon, c’est peut-être lui qui m’a choisi. Comme je vous le disais, j’avais un merveilleux professeur. Je ne sais pas si j’étais douée mais c’est ce que ma famille et mes professeurs me disaient, pendant de longues années je l’ai cru et cela a été un moteur formidable : car si je faisais du violon par plaisir, j’en faisais très régulièrement avec une mère qui exigeait du travail journalier. Je m’exerçais entre 1/2 heure et 3 heures par jour dans les premières années, puis pendant 10 ans : 5 heures par jour, 6 jours sur 7 avec 2 à 3 semaines de vacances par an. Les dons sont indispensables, mais je crois encore plus au travail, c’est pourquoi aujourd’hui je dirais non, je n’étais pas très douée mais j’avais confiance en mes professeurs et dans le travail. J’aimais jouer et être sur une scène. Je n’avais pas un trac destructeur, au contraire, mon enthousiasme et ma joie me réussissaient. J’ai des souvenirs très gais des auditions avec ma sœur pianiste, habillées avec les robes que nous faisait notre mère, et du succès que nous y avions.

Quels sont les temps forts qui ont marqué l’enseignement que vous avez reçu ?

Je prendrais le terme enseignement au sens large du terme, qui ne se borne pas aux professeurs que l’on a eu mais qui considère aussi les rencontres que l’on peut faire et les expériences que l’on vit. Je dois dire que travailler pendant des années avec Pierre Boulez est une grande satisfaction et un enrichissement permanent. J’ai découvert des œuvres que je ne connaissais pas, c’était un monde nouveau, et puis surtout… le travail avec les compositeurs. J’ai eu la chance qu’ils écrivent pour moi  [1] et c’était là aussi des expériences riches d’enseignement : on travaillait les œuvres ensemble, on les façonnait, je pouvais leur donner des alternatives sur une note, un coup d’archet, etc. J’apprécie vraiment le fait d’être à la création et cela apporte aussi pour la réflexion sur l’instrument, sur ses possibilités expressives ; en dernier lieu, cela donne une grande conscience du respect du texte, tout à fait applicable à tout le répertoire, et je m’en sers beaucoup dans ma pédagogie.

Enseigner à votre tour, cela allait de soi ?

C’est entre 14 et 20 ans, l’époque du conservatoire et celle aussi où je devais commencer à gagner ma vie, que j’ai eu mes premières expériences d’enseignement : j’étais en quelque sorte l’assistante de mon ancien professeur. Finalement oui, cela allait de soi car j’ai toujours aimé enseigner, et même aujourd’hui où se pose la question du cumul, on me demanderait de choisir entre l’Ensemble Intercontemporain et mon poste au CNR de Boulogne (puisque je suis titulaire dans les deux cas), je ne pourrais pas car pour moi c’est un tout. Je ne conçois pas la vie musicale sans jouer et ma vie sans enseigner. Ce n’est pas tellement le désir de transmettre qui me vient en premier à l’esprit, c’est l’échange, le contact, la relation, être là avec eux, les aider… voilà ! J’ai aussi fait travailler des amateurs adultes qui s’étaient regroupés au sein d’une association et qui donnaient des concerts. Ces personnes demandaient les compétences de professionnels, et c’est comme cela que j’ai pu jouer beaucoup de quatuors de Beethoven, Schubert et Brahms. Soit avec des équipes en déchiffrage qui voulaient un 1er violon solide, soit avec des ensembles qui travaillaient : je m’occupais d’eux, entretemps ils travaillaient leurs instruments, se voyaient seuls et ainsi de suite. Cela était en fin de compte plus intéressant que de faire des remplacements dans des orchestres où je n’aurais pas pu vraiment travailler mon violon.

Le contexte musical et éducatif a considérablement changé au cours de ces dernières années. Comment l’avez-vous personnellement ressenti et vécu ?

Oui, je vois bien une évolution, car quand je suis jury dans différents conservatoires, s’il y a de grandes différences de niveaux, en tout cas, je ne rencontre plus ce que je rencontrais il y a quand même pas mal d’années, c’est-à-dire des gens jouant vraiment n’importe comment et je pense que maintenir des examens à la fin de l’année, c’est quand même très bien parce qu’au bout d’un certain temps, s’ils jouent trop mal, s’ils n’aiment pas leur instrument, s’ils ne se tiennent pas bien, on peut les orienter. Il se fait un tri. Il y a maintenant une certaine homogénéité dans la tenue, alors qu’avant, les professeurs enseignaient sans formation, sans contrôle : je pense quand même que le fait de faire une petite sélection a fait évoluer les choses dans le bon sens, même si un diplôme ça ne fait pas tout. Du reste, on peut encore discuter sur les modalités d’évaluation d’un professeur… Je crois que l’examen tel qu’il est aujourd’hui est bien même s’il n’est pas idéal. Mais si l’on voulait faire autrement cela coûterait plus cher et impliquerait beaucoup trop de monde. Le mieux serait de confier une classe au futur professeur, au bout d’un an un jury viendrait écouter les élèves, même chose l’année suivante : au bout de 2 ans on voit bien l’évolution… mais c’est irréalisable. En définitive, puisque les jeunes professeurs ont suivi une formation, ils apportent dans un conservatoire une énergie nouvelle, ou du moins des idées différentes qui font que les anciens sont un peu obligés de se remettre en cause. Sinon, d’autres choses ne changent pas : je pense qu’il y a beaucoup de jeunes qui finalement ont des qualités de musicien, d’expression, mais ils n’ont absolument pas la possibilité et physique et intel-lectuelle de passer des heures et des heures dans une pièce, seuls à travailler. Et c’est vrai que j’en rencontre constamment, des jeunes qui ont 16 ans et qui me disent  » je voudrais être violoniste  » ; alors je commence par les mettre en situation :  » cet été, après 2 semaines de vacances vous faites 5 heures par jour, et après, à la rentrée on en discute…  » et très souvent ils me disent  » je ne peux pas, je n’y arrive pas, ça ne m’intéresse pas « . Je pense qu’il faut être un peu amoureux de son violon pour pouvoir travailler des heures durant, et avoir un contact physique aussi avec l’instrument : il faut en avoir besoin, enfin moi j’en avais besoin, et j’avais une passion pour le travail.

 

Des satisfactions, des regrets ?

Je n’ai aucun regret. Si je devais recommencer, je referais tout à l’identique, sauf peut-être, entrerais-je plus tôt dans la vraie vie professionnelle… et je me ferais plus aider matériellement dans les première années de la vie de mes enfants. Certains événements m’ont laissé un souvenir formidable, comme par exemple l’exécution du Poème de Chausson avec orchestre : J’ai eu la sensation de faire musicalement tout ce que je désirais sans effort, car j’avais l’impression d’être dans la salle à profiter pleinement de l’œuvre, si bien que lorsque le public a applaudi, cela m’a en quelque sorte réveillée. C’est une expérience de liberté géniale mais dangereuse. Cela n’est arrivé qu’une seule fois. Il y a eu aussi mon premier disque en 1984  [2]  : j’avais l’impression de faire naître quelque chose. Quant à la finale du concours Long-Thibaud où je jouais pour la première fois avec orchestre le concerto de Brahms, je ne l’oublierai jamais : je crois que c’est le plus beau concerto à jouer avec orchestre. Dans un autre registre, ma rencontre avec Arthur Grumiaux [3] à l’issue du concours Paganini reste l’un des mes plus beaux souvenirs : être invitée à boire le champagne et parler musique avec ce merveilleux musicien c’était quand même quelque chose.

Vos perspectives et souhaits d’avenir…

Aider les jeunes à bien enseigner et organiser de nombreux stages pour la musique contemporaine. Je vois bien, à l’heure actuelle, dès que l’on a besoin de travailler quelque chose en contemporain on téléphone à Maryvonne… et je pense que ce n’est pas normal ! Il devrait y avoir des stages prévus par les organismes de formation permanente ; j’en ai moi-même organisés à la demande de certains professeurs du CNSM. Du reste, même avec mes anciens élèves je me rends compte que j’aurais pu davantage travailler ce répertoire, mais il y a aussi d’autres priorités. Je ne fais donc pas travailler à mes élèves du contemporain à tort et à travers ! En fait, ils sont eux-mêmes intéressés : je leur montre une partition sur laquelle je travaille, ils viennent m’écouter, et dans mes auditions il y a toujours une ou deux pièces contemporaines, je crois surtout que cela apporte une ouverture constante : j’essaie de leur faire comprendre que cette musique ne détruit pas, elle donne des joies et développe la discipline. J’ai la chance de pouvoir concilier l’activité d’interprète avec celle d’enseignante. Ne pas jouer pour un professeur, je trouve que c’est une catastrophe ; bien sûr il y a les concerts de musique de chambre entre profs, mais ce n’est pas suffisant. Il faut qu’ils jouent, qu’ils aient une expérience de la scène, et vraiment ! C’est vrai que j’ai du mal à comprendre pourquoi actuellement on sépare les deux, d’autant plus que -en ce qui concerne le violon- on ne peut pas dire qu’il y ait du chômage. Grâce aux organismes de formation qui sélectionnent, on a développé une catégorie de professeurs qui font bien leur travail, mais je ne peux pas croire que quelqu’un qui pendant 30 ans s’occupera des petits sans faire de concerts gardera le même enthousiasme ; car quand même, le but c’est la musique, c’est s’exprimer. Je pense que c’est très dangereux à longue échéance d’empêcher d’avoir ces deux activités en parallèle. J’irais même plus loin : puisque l’on est mieux payé dans les orchestres, les gens qui sont capables y vont, et l’ensei-gnement, en gros, c’est le 2ème choix. Ceux qui enseignent sont capables de jouer mais on ne leur en donne ni les moyens, ni la possibilité, ni l’opportunité, je le répète, c’est très dangereux. Moi, je ne peux pas choisir entre les deux.

Pierre Blanchard

Pourriez-vous nous retracer brièvement votre parcours, Pierre Blanchard ?

J’ai débuté le violon à l’âge de 8 ans avec Madeleine Thuillier, à Saint-Quentin dans l’Aisne. Pour vous situer un peu Madeleine Thuillier, elle avait eu son prix de Paris en même temps que Michèle Auclair. Cela a été pour moi une grande chance d’avoir un professeur de ce niveau, en province, dès le plus jeune âge. Au delà de mon apprentissage du langage classique, je fus un adolescent très en phase musicalement avec les bouleversements liés aux années 70’. J’intégrais d’aussi divers qu’éphémères « groupes » dits pop ou assimilés toujours armé de mon inséparable violon. J’écoutais alors Jimi Hendrix, Soft Machine, Zappa mais aussi King Crimson, Yes et bien d’autres… J’appris aussi le « métier » dans la fosse d’orchestre, un univers pour moi fascinant, et me suis installé à l’âge de 20 ans à Paris, avec toujours cette même vision qui ne m’a pas quitté : la musique « ouverte ». Je me suis donc intéressé à toutes les musiques et plus particulièrement au jazz, dans lequel je me réalise.

Comment le violon est-il entré dans votre vie ?

Dans le quartier où nous habitions, s’organisaient des fêtes. A l’occasion de l’une d’elles, j’ai pu entendre une jeune violoniste. Les écoles n’étant pas encore mixtes, je me suis dit que si je faisais du violon, je pourrais la rencontrer aux récréations, ce qui n’était pas un bon calcul. J’ai d’ailleurs failli arrêter devant cette impossibilité, mais je me suis très vite pris au jeu.

Quels sont les temps forts qui ont marqué l’enseignement que vous avez reçu ?

Madeleine Thuillier avait beaucoup d’affection pour moi. Elle m’emmenait pendant les congés scolaires dans son mas provençal, où quantité de musiciens passaient. S’organisaient alors des groupes de musique de chambre et cette atmosphère m’a beaucoup marqué. Adolescent, cela m’a aiguillé : Art, Amour, Musique, sens du travail bien fait… J’écoutais beaucoup de musique et surtout toutes les musiques, le rock, les Beatles… J’étais un gosse comme les autres, absolument pas surprotégé comme cela peut être le cas dans le milieu classique, et j’ai senti tout de suite qu’il y avait un lien à faire entre tout ça. Madeleine Thuillier avait assez d’amour pour m’accepter tel que j’étais. Dans le jazz, je n’ai jamais rencontré de « maître ». Bien sûr, la rencontre avec Stéphane Grappelli fut très marquante, mais il ne se voulait pas pédagogue et je l’ai regretté… Mon souhait serait d’être un jour le maître que je n’ai pas eu.

Enseigner à votre tour, cela allait de soi ?

Evidemment, car mon vœu le plus cher est de monter un orchestre qui serait capable de jouer tout… mais bien ! La pédagogie œcuménique, je n’y crois pas ; bien que je respecte celui qui la pratique, ce n’est pas mon propos. Pour moi, le projet artistique est le seul facteur réel de motivation. Malheureusement, cela n’a jamais été dans la fonction du jazz d’institutionnaliser son enseignement. J’ai ouvert moi-même à Aubervilliers-la-Courneuve la première classe de jazz destinée à toutes les cordes. J’y suis depuis 7 ans ; mes élèves ont entre 20 et 30 ans. Les plus jeunes, trop pris par leur cursus classique et leurs études générales, ne peuvent souvent pas s’investir suffisamment. Pour ma part, j’interviens au stade où les gens se sont déjà posé des questions sur leur avenir musical. Dans mon désir de constituer à terme un réservoir d’instrumentistes qualifiés, je trouve dommage qu’il n’y ait pas de formation préalable. Ainsi, j’essaie de « former » des enseignants qui préparent les plus jeunes à cette ouverture d’esprit dont ils auront besoin. A Epinay, par exemple, Léna Fablet prépare le terrain et indique tout de suite la bonne direction à prendre (sens rythmique et mémorisa-tion principalement). On remarque d’ailleurs que les petits réalisent spontanément certaines choses qui peuvent malheureusement se bloquer par la suite. En tout cas, j’essaie de cultiver le bonheur que l’on a de jouer ensemble, c’est primordial.

Le contexte musical et éducatif a considérablement changé au cours de ces dernières années. Comment l’avez-vous personnellement ressenti et vécu ?

Je trouve que, concrètement , il n’a pas assez changé. Trop peu d’outils sont mis au service de l’apprentissage : tout est encore trop compartimenté, matière par matière, et la synthèse ne peut pas se faire. Souvent, je pense qu’il vaut mieux en savoir 100 fois moins mais pouvoir le réaliser.

Des satisfactions, des regrets ?

Des malentendus aussi… On pense trop souvent que le jazz est la récréation du classique. Les contraintes ne sont pas moindres, elles sont différentes. L’investigation personnelle fait souvent défaut, l’élève a trop tendance à se reposer sur le professeur. Il faut pouvoir sentir soi-même les choses pour les réaliser, accepter de repartir sur de nouvelles bases, s’inspirer des musiques qui sont de tradition orale et savoir accompagner, car l’accompagnement est la source de toute improvisation. Dans ce sens, il est dommage que les conservatoires ne laissent pas suffisamment de place aux musiciens d’ethnies différentes, au même titre qu’aux grands solistes classiques invités lors de master-class, concerts…

Vos perspectives et souhaits d’avenir…

Mon souhait reste, comme je l’ai déjà exprimé, de mener à terme un projet artistique concret basé sur l’échange. Regrouper nos forces et nos motivations en créant un réseau de personnes qui ont la même vision du monde musical, des amis en quelque sorte ; avec dans chaque région un pilote (ou une équipe de pilotes ! ). Chaque pilote réunit une dizaine de musiciens désireux de s’ouvrir à un autre univers. A partir de là, un véritable projet peut naître : envoi des partitions (jazz ; flamenco ; tango), travaillées sur place. Lors d’un week-end ou d’une session, quelques membres d’Arcollectiv’ et moi-même venons sur place compléter le travail en apportant les éléments manquants (improvisation ; phrasé ; jazz) ; ceci débouchant bien sûr sur un concert. Voilà une véritable perspective d’avenir. Cette expérience a d’ailleurs déjà été faite avec succès à Tourcoing et Nancy. Il faut absolument les multiplier. Tout ceci est encourageant. A nous d’entretenir le côté passionnant !

Storo Merhrstein

Pourriez-vous nous retracer brièvement votre parcours ?

Je me présente : je suis Storo de Forbach en Moselle. Je suis tzigane et j’ai commencé le violon à l’âge de 5 ans œ environ avec mon père, mon grand-père et mon oncle qui jouaient respectivement du violon, de l’alto et de la guitare : j’étais accompagnateur. Bien sûr j’ai appris en autodidacte, sans bout de papier, par imitation. Je connais tous les arpèges, accords et mélodies tziganes, mais si vous me les donnez sur partition je ne saurai pas les déchiffrer : impossible ! Si vous me jouez la musique, là je peux reproduire. Les années ont passé. Je me suis marié et j’ai eu deux enfants. Mon fils a commencé le violon à l’âge de 5 ans et est maintenant un bon violoniste. Il est dévoué à la musique tzigane sacrée. J’ai enseigné et continue actuellement de le faire, je compose et surtout je joue beaucoup lors de rassemblements tziganes : pèlerinages, messes, congrès… Je donne aussi des concerts un peu partout car il y a actuellement une grande recrudescence du public pour ce type de musique traditionnelle tzigane. Depuis 1993, j’ai formé un groupe de sept musiciens (deux violons, un accordéon, trois guitares, une contrebasse) et je suis l’un des derniers à avoir une formation tzigane qui fonctionne.

Comment le violon est-il entré dans votre vie ?

Dans la caravane de mes parents, là où je dormais, au-dessus de ma tête était accroché un petit violon : c’était sa place. Tôt le matin, je le décrochais et tout le monde râlait. Je jouais dans le lit, je grattais, ça faisait un bruit infernal, et quand mon père a vu que j’étais intéressé par l’instrument, il m’a appris.

Quels sont les temps forts qui ont marqué l’enseignement que vous avez reçu ?

Dans l’enseignement que j’ai reçu -oral uniquement- , la première musique que l’on apprend est simple et dévouée : c’est l’Ave Maria de Lourdes. Une fois que cette musique est bien sue, les valses, marches, czardas… peu à peu entrent dans le répertoire. Le travail se fait autant en individuel qu’en groupe. Je jouais depuis 4 ou 5 ans lorsque j’ai donné mon premier concert devant au moins 1000 personnes au pèlerinage de Lourdes, toujours accompagné d’hommes plus âgés, ce qui était très impressionnant mais aussi stimulant. Cette première expérience de la scène m’a beaucoup marqué : cela fait partie de mon enseignement. La confiance accordée est aussi très importante dans notre apprentissage. Le débutant est élevé aussi haut que le « confirmé » à côté de lui. Même s’il ne sait rien, on ne dira jamais qu’il ne sait pas jouer car tout le monde l’accompagnera et l’encouragera. Le but du musicien tzigane n’est pas de rechercher la gloire mais de transmettre sa culture.

Enseigner à votre tour, cela allait de soi ?

L’héritage tzigane est pour moi primordial. Je m’efforce donc au mieux de communiquer mon expérience à de jeunes musiciens violonistes ou autres instrumentistes. Mon fils dont j’ai guidé les pas vers la musique, enseigne déjà à 4 ou 5 copains. Il fait aussi du jazz. Un de mes élèves s’est beaucoup investi dans le jazz (il s’est produit avec Birelli Lagrenne). J’ai enseigné en école en Moselle et dans le Bas-Rhin pendant 3 ans. J’ai aussi enseigné à des sédentaires et je donne toujours des conseils aux groupes que je rencontre : c’est tout naturel !

Le contexte musical et éducatif a considérablement changé au cours de ces dernières années. Comment l’avez-vous personnellement ressenti et vécu ?

Aujourd’hui, les petits tziganes en voyant un ballon pensent a Zidane : ils ont l’esprit sportif. Mais ils courent aussi après d’autres choses : la société de consommation les sédentarise de plus en plus… je trouve cela dommage. Il y a environ vingt ans, on avait un échange différent car chacun respectait la culture de l’autre. mais le jeune tzigane est maintenant trop investi dans votre société. C’est une nouvelle orientation qui, à mon avis, a profondément changé le tzigane. Beaucoup ont oublié leur langue maternelle : le romanes. On est aussi responsable de cet état… Je suis installé sur le plus grand terrain tzigane de France à Forbach. On est entre 350 et 400 personnes, et chaque année il y a plus d’enfants, alors il serait temps de retrouver et de renouveler notre culture.

Des satisfactions, des regrets ?

Beaucoup de satisfactions dans ma vie de musicien. Dès que le temps le permet, nous partons en caravane. Le départ se fait toujours en vue d’un pèlerinage : la musique est au service de nos frères. Il y a 18 pèlerinages dans l’année. L’an passé j’en ai fait 15, ce qui représente environ 5400 km. Tous les musiciens se retrouvent, toute nationalités confondues. La grande chance que l’on a, c’est que le répertoire traditionnel est connu par tous les musiciens tziganes ainsi que notre langue. C’est une immense richesse. Point de vue enseignement, je suis déçu, car dans l’école de musique où j’étais, cela marchait bien. Mais une fois le contrat terminé, j’ai eu une énorme déception car une dizaine de jeunes tziganes voulaient apprendre, mais il n’y avait plus de structure d’accueil. Les jeunes ont actuellement besoin de structure, il faut s’en occuper car la délinquance existe aussi dans notre société.

Vos perspectives et souhaits d’avenir

Je suis en train de fonder une association soutenue par l’Union Départementale d’Action Familiale de la Moselle afin de renouveler notre culture tzigane avec différentes matières proposées : la langue, la musique et les métiers. J’aimerais créer un phénomène de motivation et d’émulation auprès de ces jeunes. J’ai toujours l’espoir que cela va repartir car le tzigane, sa langue et sa musique ne font qu’un.

L'association des violonistes