interview en double corde

Jean-Pierre Sabouret

Jean-Pierre SABOURET, pourriez-vous nous retracer brièvement votre parcours ?

J’ai commencé par le piano, très jeune, presque bébé. J’ai décidé assez tard de faire du violon car le piano ne me convenait pas. Je suis entré au CNSM de Paris où j’ai obtenu le 1er prix de violon en 1963 et le 1er prix de musique de chambre en 1964. J’ai pratiqué beaucoup le quatuor à cordes au sein du Quatuor Lowenguth et au sein du Quatuor Via Nova dont je fais toujours partie aujourd’hui. Je suis super soliste à l’Opéra de Paris et professeur au conservatoire du 12ème arrondissement.

Comment le violon est-il entré dans votre vie ?

Il est entré dans ma vie assez tard mais je le connaissais avant. Ma mère était professeur de piano&nbsp ; mes parents aimaient beaucoup la musique et m’ont emmené aux concerts très jeune. J’ai toujours entendu du violon et je ne sais pas pourquoi j’ai été plus séduit par cet instrument que par un autre et pourquoi j’ai décidé de devenir violoniste : je l’ignore encore mais c’est ainsi.

Le violon a été un choix personnel. Ma mère était persuadée que j’étais doué pour le piano, ce qui n’est pas du tout le cas.

Quels sont les temps forts qui ont marqué l’enseignement que vous avez reçu ?

Mon premier professeur, Monsieur Jacques SPAGET, c’était un personnage adorable et je ne l’ai jamais oublié. Mes études au CNSM de Paris et les personnes qui m’ont aidé après mon prix. Ma rencontre avec Zino FRANCESCATTI, avec qui j’ai travaillé, a été pour moi un moment tout à fait privilégié.

Des artistes, des chefs d’orchestre, des gens qui m’ont aidé dans ma vie professionnelle en tant que jeune musicien.

Les personnes qui m’ont fait progresser et réfléchir beaucoup. Monsieur André HASSELIN – il a joué avec Maurice RAVEL – est décédé il y a quelques années à presque 100 ans. J’avais gardé beaucoup de contacts avec lui, il était extraordinaire. Jacques FEVRIER avec qui j’ai travaillé la musique de chambre m’a beaucoup appris.

Enseigner à votre tour, cela allait de soi ?

Pas forcément, car ce n’était pas une activité qui me passionnait au départ. Lorsque j’ai commencé dans le métier, j’ai fait beaucoup d’activités d’instrumentiste : musique de chambre, orchestre, soliste. J’enseignais de façon dilettante parce que ce n’était pas pour gagner ma vie mais parce que j’avais des amis dont les enfants voulaient faire du violon. Je n’étais vraiment pas engagé dans l’enseignement comme je le suis aujourd’hui. Cette vocation est venue plus tard parce que c’était quelque chose qui manquait dans ma vie. Je n’avais pas d’expérience même si j’ai commencé à avoir des élèves dès l’âge de 18 ans. Ils étaient peu nombreux et ce n’était pas une activité régulière. A un moment de ma vie, j’ai éprouvé le besoin d’exercer le métier d’enseignant et je m’y suis lancé avec une grande passion et avec une grande rigueur aussi parce que ça fait partie de ma nature.

Le contexte musical et éducatif a considérablement changé au cours des dernières années. Comment l’avez-vous personnellement ressenti et vécu ?

Je ne parlerais pas de changement mais plutôt d’évolution. Les mentalités ne sont plus les mêmes, les adultes et les enfants ont pris d’autres habitudes. Leur culture est aussi plus large. Aujourd’hui le professeur n’a plus les mêmes rapports avec ses élèves. Autrefois nos professeurs étaient peut-être plus autoritaires et nous plus doux. Je ne sais même pas si on peut comparer les jeunes d’hier aux jeunes d’aujourd’hui.

Je pense que ça fait partie d’une évolution tout à fait normale des mentalités, du monde, de la vie en général et que chacun, enseignant, élève, public doit s’adapter à la société qui change tout simplement.

Des satisfactions, des regrets ?

Ce métier m’a donné énormément de satisfactions et j’espère qu’il m’en donnera encore d’autres car on a la possibilité de vivre de très grands moments. Je ne pense pas avoir jamais vécu de drame ; des petites déceptions, oui. Je crois que de toute façon, tout ce qui a été négatif, avec le temps, on finit par l’oublier, par relativiser. Très certainement que les uns et les autres, dans notre vie, nous essayons de garder le meilleur.

Les perspectives et souhaits d’avenir ?

Continuer à jouer, à enseigner et essayer de faire en sorte que les élèves se sentent de mieux en mieux à travers ce qu’on leur enseigne.

Continuer à être un musicien aussi performant que possible, aussi attaché à la qualité, aussi rigoureux. Je ne crois pas que je changerai un jour. J’espère simplement que la musique continuera à se développer, que les orchestres continueront à exister sans réduction de budget. Malheureusement les pouvoirs publics ne font pas toujours leur travail dans ce domaine. S’il y a quelque chose à faire aujourd’hui pour l’avenir c’est, qu’entre nous, on continue à se battre pour que la musique occupe une place importante dans ce pays et qu’on ne dissolve pas d’orchestre, qu’on ne supprime pas de postes dans les orchestres sous prétexte qu’on veut monter ici et là d’autres choses peut-être plus accrocheuses pour le public mais qui culturellement sonnent tellement faux. On peut être inquiet pour les jeunes qui se lancent dans le métier à notre suite car les lendemains risquent de ne pas être aussi roses que ceux que nous avons connus.

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