L’AmiRéSoL ou Comment s’accorder

« On voit que c’est du bon marché, il faut tout le temps l’accorder », dit le soldat, celui de l’Histoire. Dans mon histoire personnelle, m’accorder s’est révélé être une opération plus ou moins délicate ; enseigner le violon m’a souvent paru plus difficile encore : comment m’accorder avec mes élèves ? En quelques lignes, je vais essayer de faire le parallèle entre l’un et l’autre : remplacez le mot  » corde  » par le mot élève, le mot  » archet  » ou  » bras  » par le mot professeur… vous verrez apparaître alors des similitudes troublantes.
Tout commence par la qualité d’écoute : est-elle suffisamment attentive, objective, précise ? Ensuite, il est évident que la prise de contact, le point de contact, l’adhérence avec la corde sont d’une importance capitale, cruciale. Le bras droit doit imprimer une bonne direction, anticiper, avoir une sensation juste, pétrie à la fois de souplesse et de fermeté : présent sur la corde, sans dureté, précis, flexible, surtout pas flou ni flottant dans son approche. Chaque corde a la particularité d’avoir sa propre inertie, un temps de réaction plus ou moins long, une résistance qui lui est spécifique. A vide, ou avide ? Telle est souvent la vraie question. En tout cas, pour sonner dans toute leur plénitude, leur richesse, la-mi-ré-sol doivent impérativement vibrer librement ; le bras droit doit alors leur donner une solide impulsion, ne pas être trop pesant, mais aussi alors à la bonne vitesse, ajuster, trouver la pression minimale, mais nécessaire, qui conviennent le mieux au caractère de chaque corde : la finesse d’un mi, ou la profondeur d’un sol. En même temps, il s’agit de savoir s’il faut détendre ou tonifier plus telle corde ou telle autre ! Pour s’accorder, l’art de la justesse, de la justice, nécessite beaucoup de patience et d’ajustement. Il faut essayer d’être  » bien tempéré « … et souvent le bras droit doit apprendre, lui aussi : à relâcher la pression, voire quitter la corde au bon moment, en accompagnant toujours bien son geste, jusqu’au bout. Pour conclure, je vous invite à pratiquer le plus possible la résonance par sympathie : peut-être parviendrons-nous alors à un accord  » presque parfait  » entre professeurs-élèves, mais aussi entre collègues… Longue route à l’Ami Ré Sol !

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